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Je ne me souvenais plus de mon nom.

Chair, ma chair,

je suis parti vomir,

je vomissais l'usure des choses sans nom, des morceaux de chair blessée,

des impressions de mensonges, des cercles de fin.

Je respirais encore, plus lentement que d'habitude, mais je respirais.

Mon lit n'était plus blanc depuis longtemps.

 

 

 

 

J'étais comme une erreur,

un animal sauvage sans plumes avec des durées de vie différentes.

J'écrivais la nuit des bouts d'histoires quand le ciel s'en va,

avec cette mémoire d'impressions,

la raison en dehors.

Il y avait du désordre dans le sacré.

 

 

 

 

 

 

Il y avait ces mots,

rien que des mots que je n'avais pas dit,

des silhouettes abandonnées,

des chevaux mouillés,

des taches de vies souillées,

et attendre pour attendre.

 

 

 

 

 

Des nuages flétris tournaient en rond,

ils préparaient leur départ.

Je ne voulais plus être là,

avec cette impression de passer ma vie dans ce lit.

Je fermais les yeux pour voir la pluie se réveiller,

des poignées de terre dans chaque main pour retenir l'oubli.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elles trainaient leurs caddies pour être les premières,

les premières à dire avec leurs bouches sales de médiocrité: "j'étais là".

Comme des chariots de viande je les regardais passer, leurs crachats de vies accrochés à elles,

elles ne sentaient plus rien.

 

 

 

 

Je tournais mon dos,

j'attendais que le bruit des choses s'en aille.

J'allais chercher des fleurs pour nettoyer la vie,

des horizons de fleurs sans appartenances pour recouvrir ce fleuve blessé,

ces eaux glacées qui ne rêvent plus.

La pluie rentrait dans mon corps, c'était invisible, mais elle était là,

comme un fonctionnement nécessaire.

Des gouttes d'eau du temps, des poussières perdues,

une ombre que je rattachais à ma mémoire,

un rêve tenu à l'écart pour ne pas le salir.

Ce couple ordre et désordre qui est un équilibre avec lequel je danse.

 

 

 

Les chiens avaient creusé des galeries,

des poches de silence qu'ils remontaient à la surface.

Ils tenaient dans leurs gueules un chaos, quelque chose de confus qui ne trouvait pas sa place.

Une muraille de crânes chauffée par le soleil témoignait de nos obligations digestives.

A pourrir dans un lit tiède parce qu'il est interdit d'être cannibale,

cela ne se fait pas.

 

 

 

Alors restez couchés,

il faut encore pourrir un peu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kotsuhiroi

Eté 2012